Frédéric Chopin
Les vingt-et-un *Nocturnes* de Chopin (1827–1846) ont fixé pour toujours un genre qu'il n'a pas créé : c'est l'Irlandais John Field qui, dès 1812, en a posé les bases — main gauche en arpèges, main droite chantante.
- Période
- Romantisme
- Dates
- 1810 à 1849
John Field (1782–1837), pianiste et compositeur irlandais établi en Russie, publie son premier Nocturne en 1812 — pièce brève, lente, en tempo libre, où la main gauche déploie des arpèges réguliers tandis que la droite chante une mélodie à la manière d'un air d'opéra. Field en composera dix-huit. Le genre est entièrement de son invention ; le titre lui-même, Nocturne, est emprunté à la musique sacrée italienne du XVIIIᵉ siècle où il désignait des offices nocturnes.
Frédéric Chopin (1810–1849), arrivé à Paris en 1831, reprend la formule mais la transforme. Là où Field écrivait des miniatures presque salonnières, Chopin construit des architectures intérieures : la mélodie se complexifie, prolifère en ornements, le drame harmonique s'intensifie au centre, puis revient à l'apaisement initial. Le Nocturne en mi bémol majeur op. 9 nº 2 (1832) — sans doute le plus joué du répertoire — est presque encore un Field ; le Nocturne en ut mineur op. 48 nº 1 (1841), avec sa partie centrale en marche funèbre, est une œuvre que Field n'aurait pas su imaginer.
Chopin reconnaissait sa dette. Il jouait Field, l'enseignait à ses élèves, et — selon Liszt — disait toujours qu'il « composait à la manière de Field ».