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Romans

flaubert mot juste

Gustave Flaubert a fait de la recherche du *mot juste* — l'expression unique et nécessaire — une discipline obsessionnelle qui transformera la prose française. Le résultat : cinq romans en trente-cinq ans.

Langue
fr
Publication
1857

Flaubert (1821–1880) a écrit lentement. Très lentement. Sa correspondance avec Louise Colet, écrite pendant la rédaction de Madame Bovary (1851–1856), documente une discipline qui frise la pathologie : il reste parfois une journée entière sur une seule phrase ; il écrit puis raye, recopie, biffe à nouveau ; il déclame chaque paragraphe à voix haute dans son cabinet de Croisset — c'est ce qu'il appelait le « gueuloir » — pour entendre s'il sonnait juste.

Sa doctrine est résumée dans une lettre célèbre du 14 août 1853 : « Il n'y a qu'une seule expression pour rendre ce que l'on veut dire, qu'un mot pour le qualifier, qu'un verbe pour l'animer. » Cette croyance — qu'il existe, pour chaque chose, un mot juste unique, et que la prose littéraire consiste à le trouver — est l'héritage le plus durable de Flaubert.

Le résultat statistique est saisissant. Madame Bovary lui prend cinq ans, Salammbô six, L'Éducation sentimentale sept ; Bouvard et Pécuchet restera inachevé après une décennie de travail. Sur trente-cinq ans de carrière, cinq romans publiés. Maupassant, son élève, lui doit l'essentiel de sa méthode — sans le pouvoir de lenteur de son maître.