rimbaud voyelles
*Voyelles*, sonnet écrit par Arthur Rimbaud vers 1871 alors qu'il a dix-sept ans, attribue une couleur à chacune des cinq voyelles — manifeste de synesthésie poétique qui annonce le symbolisme.
- Auteur
- Arthur Rimbaud
- Langue
- fr
- Écriture
- 1871
« A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu : voyelles, / Je dirai quelque jour vos naissances latentes. » Ainsi s'ouvre l'un des sonnets les plus commentés de la langue française, écrit par Rimbaud vers 1871, publié seulement en 1883 par Verlaine dans son recueil Les Poètes maudits. Le poème ne se contente pas d'attribuer une couleur à chaque voyelle — il développe pour chacune une scène, une matière, un univers : A est un corset de mouches noires, E les blancheurs des vapeurs, I les pourpres du sang craché, U les cycles des mers virides, O un clairon strident, l'Oméga.
L'origine de cette synesthésie a fait couler beaucoup d'encre. Certains y ont vu une réminiscence des abécédaires colorés de l'enfance ; d'autres une expérience hallucinatoire ; d'autres encore un pastiche des correspondances baudelairiennes. Rimbaud lui-même, dans la Saison en enfer (1873), évoquera ironiquement « la vieillerie poétique » de ses propres trouvailles : « J'inventai la couleur des voyelles ! » — comme s'il s'agissait d'un tour de prestidigitateur.
Le sonnet est l'un des textes fondateurs du symbolisme. Verlaine, Mallarmé, Valéry s'y référeront ; le compositeur Olivier Messiaen, lui-même synesthète, en fera un point de départ.