Royal Oak (référence 5402)
La Royal Oak d'Audemars Piguet, dessinée par Gérald Genta en 1972, est la première montre de luxe de l'histoire en acier — vendue à un prix supérieur à celui des montres en or de la maison. Elle a sauvé l'horlogerie suisse.
- Maison
- Audemars Piguet
- Modèle
- Royal Oak (référence 5402)
- Mouvement
- Automatique calibre 2121 (basé sur le Jaeger-LeCoultre 920)
- Année
- 1972
En 1971, l'horlogerie suisse traverse la « crise du quartz » : les montres japonaises à quartz, vendues à bas prix avec une précision supérieure, menacent l'existence même des manufactures helvétiques. Audemars Piguet, fondée en 1875 dans la vallée de Joux, est au bord de la rupture. Le directeur de l'export, Georges Golay, prend une décision risquée : commander à un designer extérieur, Gérald Genta, une montre de sport haut de gamme, en acier, pour le salon de Bâle 1972 — destinée principalement aux distributeurs italiens.
Genta livre le dessin en une nuit, inspiré (selon la légende qu'il a lui-même propagée) du hublot du scaphandre rigide d'un plongeur. Le boîtier est un octogone aux arêtes franches, fixé par huit vis hexagonales apparentes — décision presque iconoclaste en horlogerie de luxe, qui cachait jusque-là toute trace d'assemblage. Le bracelet en acier intégré, fin et ajusté, prolonge la lunette sans rupture visuelle. Le cadran porte un motif quadrillé, le tapisserie, obtenu par guillochage.
La référence 5402 sort en 1972 au prix de 3 300 francs suisses — supérieur à celui d'une Patek Philippe en or de l'époque. Le public est d'abord déconcerté : pourquoi payer le prix de l'or pour de l'acier ? Les 1 000 premiers exemplaires mettent quatre ans à se vendre. Puis le concept prend — la « montre de sport luxueuse » devient une catégorie. Audemars Piguet est sauvée ; le sera plus tard l'horlogerie suisse entière, qui copiera le modèle.