monet nympheas
Une installation immersive avant que le mot n'existe.
Les *Nymphéas* de Claude Monet — deux cents toiles peintes à Giverny entre 1897 et 1926 — culminent dans les deux salles ovales de l'Orangerie de Paris, données à l'État au lendemain de la Grande Guerre.
Claude Monet (1840–1926) s'installe à Giverny en 1883. À partir de 1893, il achète une parcelle voisine, détourne un bras de l'Epte, et crée le bassin aux nymphéas qui deviendra son atelier à ciel ouvert. Pendant trente ans, il peint presque exclusivement cet étang — la lumière sur l'eau, les nénuphars, les saules pleureurs en reflets — produisant un corpus d'environ deux cent cinquante toiles.
Le projet culmine après 1914, sous le choc de la Grande Guerre. Monet, presque aveuglé par la double cataracte qui obscurcit ses dernières années, entreprend les Grandes Décorations : huit immenses panneaux destinés, selon son vœu, à offrir aux Parisiens « un asile de méditation paisible. » Il les donne à l'État français en 1922 par accord avec Clemenceau, son vieil ami. Les œuvres sont installées dans deux salles ovales de l'Orangerie, conçues sur mesure pour les recevoir ; le musée ouvre en mai 1927, six mois après la mort du peintre.
Le dispositif est révolutionnaire — un cycle pictural qui enveloppe le spectateur, sans cadre, sans figure, sans récit, à hauteur d'œil. Les abstraits américains des années 1950 — Rothko, Pollock — y verront un précédent direct.