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Littérature

proust madeleine

Le petit-déjeuner le plus célèbre de la littérature française.

Dans *Du côté de chez Swann* (1913), Proust transforme une madeleine trempée dans une infusion de tilleul en clef de toute son œuvre : l'expérience de la mémoire involontaire, qui ressuscite un monde intact.

Marcel Proust (1871–1922) publie en 1913 le premier volume d'À la recherche du temps perdu — sept tomes que la mort interrompra en 1922, laissant les derniers à la révision posthume. Dans une trentaine de pages célèbres du premier volume, le narrateur, rentré chez sa mère par un après-midi d'hiver, accepte distraitement un thé et une madeleine. Au contact de la bouchée trempée, « une volupté délicieuse m'avait envahi, isolée, sans la notion de sa cause. »

Ce qui se réveille n'est pas un souvenir intellectuel, qu'on appelle volontairement — c'est tout un monde sensoriel oublié : la chambre de tante Léonie à Combray, le village, les chemins, les visages. Le souvenir involontaire, écrit Proust, contient quelque chose que la mémoire consciente ne peut pas restituer : la vie même, telle qu'elle a été vécue, avant que l'intellect ne la sèche.

Une coquetterie littéraire : dans le brouillon de Proust, la madeleine n'était pas une madeleine. C'était d'abord une biscotte, puis du pain rassis. La forme bombée, l'or de la madeleine — petite coquille de pèlerin — s'est imposée à la dernière relecture. La précision de l'objet fait la précision de la sensation.