debussy clair de lune
Un poème de Verlaine mis en musique trente ans après sa parution.
*Clair de lune*, troisième pièce de la *Suite bergamasque* (publiée en 1905, composée dès 1890) de Claude Debussy, doit son titre au poème homonyme de Verlaine — il en traduit l'atmosphère sans le citer.
Le poème Clair de lune de Verlaine, qui ouvre les Fêtes galantes (1869), commence ainsi : « Votre âme est un paysage choisi / Que vont charmant masques et bergamasques, / Jouant du luth, et dansant, et quasi / Tristes sous leurs déguisements fantasques. » Le mot bergamasque — danse populaire originaire de Bergame, en Italie du Nord — donne le titre de la suite de Debussy, qui veut évoquer le même univers de masques, de lumière de lune et de mélancolie dansante.
Debussy commence la Suite bergamasque vers 1890, mais ne la juge pas digne d'être publiée. Il la garde quinze ans dans ses tiroirs, et c'est seulement en 1905, sous la pression de son éditeur Fromont, qu'il accepte de la livrer — après en avoir, dit-on, profondément révisé la troisième pièce. Le Clair de lune qu'on entend aujourd'hui est ainsi à la fois une œuvre de jeunesse et une œuvre de maturité.
La pièce est en ré bémol majeur, andante très expressif, marquée pianissimo dès l'ouverture. La main droite chante en accords de neuvième, sans appui rythmique appuyé ; la main gauche dépose des basses très espacées. C'est l'une des premières grandes pages du piano impressionniste — bien que Debussy ait toujours détesté ce mot.