satie gymnopedies
Trois petites pièces étranges qui ont préfiguré la musique d'ambiance.
Les trois *Gymnopédies* d'Erik Satie (1888) sont trois lentes danses en trois temps, presque identiques entre elles, d'une nudité radicale. Elles annoncent un siècle plus tard la musique répétitive et l'ambient.
Erik Satie (1866–1925) a vingt-deux ans en 1888, vit à Montmartre, joue le piano de bar au Chat Noir, et publie les trois Gymnopédies — son premier coup d'éclat. Le titre vient des gymnopédies spartiates, fêtes annuelles où de jeunes hommes nus dansaient en l'honneur d'Apollon ; Satie l'emprunte par goût de l'étrange autant que par goût du précis.
Les trois pièces partagent la même structure : un trois temps lent, deux accords parallèles à la main gauche (sol/ré, fa/ut) qui ne résolvent jamais, une mélodie modale à la main droite qui semble flotter sans appui tonal. Indications de jeu : « lent et douloureux », « lent et triste », « lent et grave ». Aucune répétition ne se résout en climax ; aucun crescendo. La musique avance sans se développer.
C'est ce parti pris — refuser le développement, accepter la répétition, dépouiller — qui fait des Gymnopédies une œuvre de rupture. Debussy, ami de Satie, en orchestrera deux en 1896. Au XXᵉ siècle, John Cage revendiquera Satie comme l'ancêtre direct ; Brian Eno citera les Gymnopédies parmi les sources de la musique d'ameublement — qu'on appelle aujourd'hui ambient.
Satie est mort en 1925 dans un dénuement complet. Quand on a ouvert son taudis d'Arcueil, on y a trouvé deux pianos empilés, douze parapluies identiques et des centaines de partitions.