flaner
Un mot français qu'aucune langue n'a su traduire.
*Flâner* — marcher sans but, en spectateur attentif de la ville — est un verbe consacré par Baudelaire et théorisé par Walter Benjamin comme l'expérience moderne par excellence du XIXᵉ siècle.
Le verbe flâner est attesté en français dès le XVIIᵉ siècle, mais c'est au XIXᵉ qu'il devient un mot-concept. Baudelaire, dans Le Peintre de la vie moderne (1863), fait du flâneur la figure exemplaire de l'observateur urbain — celui qui marche dans Paris sans destination, mais avec une attention totale, élevant la promenade au rang de discipline esthétique.
Walter Benjamin, dans son immense Livre des passages (resté inachevé à sa mort en 1940), reprend la figure et la place au cœur de sa lecture du XIXᵉ siècle. Le flâneur, écrit-il, est rendu possible par une infrastructure très précise : les passages parisiens, ces galeries couvertes vitrées qui permettent de marcher sans craindre la pluie ni les voitures, et qui transforment la rue en intérieur.
Aucune langue n'a vraiment trouvé d'équivalent. L'anglais stroller est trop neutre, loiterer trop suspect, idler trop oisif. Le verbe a été emprunté tel quel par l'anglais (to flâne) sans jamais s'y enraciner.