tempus
Le « tempo » d'un orchestre et la « tempête » d'une mer ont la même racine.
Du latin *tempus* (« temps, moment, occasion ») descend une famille française très large : temps, temporaire, contretemps, atemporel — et aussi tempo et tempête, par l'italien.
Tempus en latin n'était pas seulement la durée — c'était le moment, le délai, l'opportunité. Cicéron parle de tempus dicendi (« le moment de parler ») et de tempora rei publicae (« les circonstances de la république »). Cette polysémie traverse le français : un contretemps désigne d'abord une circonstance fâcheuse, à temps parle d'un instant choisi, avec le temps d'une durée.
Le mot a connu deux destinées parallèles. Par voie savante, le français a refait sur le latin temporel, temporaire, atemporel, contemporain. Par voie populaire et italienne, il a reçu tempo (en musique, depuis le XVIIIᵉ siècle) et — plus inattendu — tempête, du latin tardif tempestas (« moment, intempérie ») via l'ancien français tempeste. Ce qu'on appelait tempestas à Rome n'était pas la tempête : c'était simplement « ce qui se passe en ce moment dehors », bon ou mauvais.