armagnac
Plus vieux que le cognac de 150 ans, mais on ne l'a jamais entendu.
L'armagnac, eau-de-vie de Gascogne, est attesté dès 1310 — soit près d'un siècle et demi avant les premières distillations charentaises. Il se distille une seule fois, là où le cognac en exige deux.
La plus ancienne attestation d'armagnac date d'un traité de médecine rédigé en 1310 par Vital Dufour, prieur dominicain d'Eauze, qui en vante les quarante vertus thérapeutiques — il guérit, écrit-il, « les fistules, les ulcères, et conserve la jeunesse. » Le cognac, à la même époque, n'existe pas encore : la distillation des vins de Charente ne se développera qu'à partir du XVᵉ siècle, et la commercialisation systématique qu'au XVIIᵉ.
Trois différences techniques distinguent armagnac et cognac. Premièrement, la zone géographique : Gers, Landes et Lot-et-Garonne pour l'armagnac, contre Charente et Charente-Maritime pour le cognac. Deuxièmement, le sol : sables fauves et argiles pour les terroirs armagnaçais (notamment le Bas-Armagnac, le plus prestigieux), contre craie et calcaire en Charente. Troisièmement et surtout, la distillation : l'armagnac se fait en alambic armagnaçais — un appareil à colonne en continu — qui produit une eau-de-vie en une seule passe à un degré moyen de 52 à 60% ABV. Le cognac, lui, utilise un alambic à repasse qui distille deux fois et atteint 70%.
Cette distillation unique laisse plus de matières aromatiques dans le produit fini. L'armagnac est plus charpenté, plus rustique, moins consensuel — d'où, peut-être, sa moindre fortune commerciale internationale. La production annuelle représente environ un vingtième de celle du cognac.